à Madame De Gondrin, sur le péril qu' elle avait couru en traversant la Loire.

Savez-vous, gentille douairière,
ce que dans Sully l' on faisait
lorsqu' éole vous conduisait
d' une si terrible manière ?
Le malin Périgny riait,
et pour vous déjà préparait
une épitaphe familière,
disant qu' on vous repêcherait
incessamment dans la rivière,
et qu' alors il observerait
ce que votre humeur un peu fière
sans ce hasard lui cacherait.
Cependant L' Espar, La Vallière,
Guiche, Sully, tout soupirait ;
Roussy parlait peu, mais jurait ;
et l' abbé Courtin, qui pleurait
en voyant votre heure dernière,
adressait à Dieu sa prière,
et pour vous tout bas murmurait
quelque oraison de son bréviaire,
qu' alors, contre son ordinaire,
dévotement il fredonnait,
dont à peine il se souvenait,
et que même il n' entendait guère.
Chacun déjà vous regrettait.
Mais quel spectacle j' envisage !
Les amours qui, de tous côtés,
ministres de vos volontés,
s' opposent à l' affreuse rage
des vents contre vous irrités.
Je les vois ; ils sont à la nage,
et plongés jusqu' au cou dans l' eau ;
ils conduisent votre bateau,
et vous voilà sur le rivage.
Gondrin, songez à faire usage
des jours qu' amour a conservés ;
c' est pour lui qu' il les a sauvés :
il a des droits sur son ouvrage.



1716
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à Madame De Gondrin, sur le péril qu' elle avait couru en traversant la Loire. poésie de François Marie Arouet, dit Voltaire, optimisé pour ie5.0 en résolution 1024 * 768 - (c) 2004-2008
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