à Monsieur François De Neufchâteau.
Si vous brillez à votre aurore,
quand je m' éteins à mon couchant ;
si dans votre fertile champ
tant de fleurs s' empressent d' éclore,
lorsque mon terrain languissant
est dégarni des dons de Flore ;
si votre voix jeune et sonore
prélude d' un ton si touchant,
quand je fredonne à peine encore
les restes d' un lugubre chant ;
si des graces, qu' en vain j' implore,
vous devenez l' heureux amant ;
et si ma vieillesse déplore
la perte de cet art charmant
dont le dieu des vers vous honore ;
tout cela peut m' humilier :
mais je n' y vois point de remède ;
il faut bien que l' on me succède,
et j' aime en vous mon héritier.
1766