Au roi de Prusse. Fragment.
Lorsque, pour tenir la balance,
l' anglais vide son coffre-fort ;
lorsque l' espagnol sans puissance
croit partout être le plus fort ;
quand le français vif et volage
fait au plus vite un empereur ;
quand Belle-Isle n' est pas sans peur
pour l' ouvrier et pour l' ouvrage ;
quand le batave un peu tardif,
rempli d' égards et de scrupule,
avance un pas et deux recule
pour se joindre à l' anglais actif ;
quand le bonhomme de saint-père
du haut de sa sainte Sion
donne sa bénédiction
à plus d' une armée étrangère,
que fait mon héros à Berlin ?
Il réfléchit sur la folie
des conducteurs du genre humain ;
il donne des lois au destin,
et carrière à son grand génie ;
il fait des vers gais et plaisants ;
il rit en donnant des batailles ;
on commence à craindre à Versailles
de le voir rire à nos dépens.